Les 120 ans de la loi 1905 : de Proust à Mélenchon
Il y a 120 ans, le 9 juin 1905 la loi de Séparation de l’Église et de l’État était promulguée.
Cette campagne, dont on a peine à mesurer aujourd’hui la violence, fut dantesque : par le nombre des débats (48 sessions de discussion à la Chambre), ou par les manifestations de la population catholique endimanchée en famille (Que nous avons vécu avec la “Manif pour tous“ ) et sans armes qui étaient contenues par la troupe baïonnettes aux canons.
Marcel Proust et loi de 1905
À l’époque, dans la bataille épique, quelques connaisseurs ont objecté que Marcel Proust n’était pas si progressiste que cela (Il avait pris la défense du Capitaine Dreyfus très tôt), puisqu’il s’opposa fermement, soit disant, dans le deuxième grand combat politique de ce début du XXe siècle, à la Loi de Séparation de l’Église et de l’État.
Signe manifeste qu’il avait changé de camp ou pire qu’il n’avait pas quitté son milieu de rentiers conservateurs et, comme le disait si bien la presse (L’Oeuvre) d’être un simple écrivain arrivé par « le bénitier et la réaction » ?
Une fois avant-gardiste et progressiste, une autre fois réactionnaire.
Cependant à y regarder de plus près, cette position n’est pas la sienne.
Si Marcel Proust s’est bien opposé à la politique anti-cléricale de Combes, il s’est en fait opposé, non pas à la Loi, mais aux amendements rédigés par Aristide Briand .
Marcel Proust réfutera certains aspects de ce projet de loi sans prendre parti pour autant pour le clergé.
Les faits :
Proust écrit deux textes très argumentés en 1903 et 1904. Dans le deuxième texte, intitulé La mort des cathédrales, une conséquence du projet de loi Briand paru dans Le Figaro du 16 août 1904, il s’en prendra particulièrement à l’article 14 du projet Briand.
Que dit cet article ? :
Il traite de la possibilité de louer des édifices religieux à toute autre association. Par cette simple possibilité on interdirait de fait d’une part la sacralisation du lieu et d’autre part la possibilité de l’exercice du culte.
L’article 14 constituait une interdiction de pratiquer sa religion, tout simplement.
L’article de Proust fit grand bruit dans les milieux politiques et particulièrement dans l’entourage d’Aristide Briand, dont le directeur adjoint de cabinet, Grunebaum-Ballin, préparant la loi sur la Séparation, avait été aussi un condisciple de Proust au Lycée Condorcet.
Il avait d’ailleurs, écrit un livre au sujet de cette loi, où il citait amplement l’article de Proust, réfutant ses arguments.
S’en suivit un échange de lettres et un dialogue entre les deux hommes autour de la préparation de la loi.
L’article 14 n’est pas retenu.
Proust avait gagné, lui qui pensait tout comme l’esprit de la loi : « L’État chez lui, L’Église chez elle ».
Dés lors, il soutiendra la loi de la séparation de l’Église et de l’État, ce qui est rarement mentionné.
Interrogeons-nous sur sa culture politique : Proust avait-il lu Marx ?
Probablement pas, il avait tenu la seule position d’humanité possible, lui l’enfant de mère juive et qui ne voulait pas l’être, lui, l’incroyant qui fait de son narrateur un catholique, considérant que la religion, si elle pouvait être « l’opium du peuple » était avant tout « la chaleur d’un monde sans cœur » (1).
Rappel à la loi et débat d’aujourd’hui
Rappelons que cette loi pose deux principes fondamentaux :
1-« La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public. »
2-« la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte …Pourront toutefois être inscrites aux dits budgets les dépenses relatives à des services d'aumônerie et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics tels que lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons. »
Ce qui implique la neutralité de l’État et l’égalité de tous les cultes.
Le Pape Pie X condamne la loi et encourage les catholiques à la désobéissance civile.
Dans la régression idéologique, politique et mentale où nous sommes entraînés aujourd’hui il faut affirmer encore et encore que :
L’identité de la France républicaine ne s’est pas construite avec l’héritage chrétien officiel, mais, pour l’essentiel, contre lui.
Les grands bouleversements socio-politiques comme, La République, les droits de l’homme, l’égalité homme /femme, les conquêtes sociales, la conception civile du mariage, le droit au divorce, le droit à l’avortement, la libération sexuelle l’acceptation du droit à la différence dans ce domaine (l’homosexualité) et pour finir le “Mariage pour tous“ , tout cela est et a été refusé et combattu par l’institution religieuse avec virulence.
Sans compter le grand passif de l’Eglise catholique dans son rapport au science au nom d’une révélation dogmatisée, toujours opposées aux grandes théories scientifiques G.Bruno, Galilée, Darwin etc..
La France “fille ainée de l’église“, s’est politiquement structurée autour du catholicisme, et ce vieux couple n’a jamais toléré de 3 ème larron (Chasse: aux protestants, aux juifs, aux Francs-Maçons…)
Aujourd’hui le vrai problème n’est pas la laïcité, mais son instrumentalisation au service d’un traitement inégalitaire des personnes selon leurs origines et les pratiques religieuses qui leur sont propres. Notre démocratie doit urgemment admettre qu’il peut y avoir des FRANÇAIS différents et leur faire une place égale à celle des autres. Aujourd’hui le vrai problème pour un large spectre politique allant pour certains du PC au RN c’est le noir et l’arabe, qui plus est, musulman.
Campagne politique et médiatique anti-musulmane
Le 6 Octobre 1989, le principal du collège Creil, refuse l’accès de l’établissement à trois élèves musulmanes portant le voile islamique , l’affaire dite du “Foulard“ commençait. Ce qui va déclencher une campagne politique et médiatique véritable attaque haineuse contre les musulmans
Le 27 novembre 1989 (réitéré en 1992)
Le Conseil d’Etat rend un avis : il estime que le port de signes religieux à l’école « n’est pas par lui même, incompatible avec la Laïcité» ni interdit ni autorisé, il est toléré dans la limite du proselytisme, et du refus de suivre certaines parties du programme ou certains cours.
On ne peut que constater depuis maintenant plusieurs décennies, avec une accélération sous la présidence Sarkozy et une explosion sous Macron , que le racisme s’affiche de nouveau ouvertement dans l’espace public, que l’islamophobie s’est généralisée et est une pensée qui est entrée dans notre langue même.
Les arabes, les noirs en France n’ont content d’être exclu dans l’espace, dans le logement, dans l’emploi, discriminé dans la vie quotidienne, dans les contrôles policiers, et subissant leurs violences qui bien trop souvent se concluent par la mort, pour peu qu’ils soient aussi de confession musulmane, non pas le droit au terme ISLAMISME.
Islamisme est comme chacun le sait maintenant, l’équivalent de terrorisme. Donc renvoyé à la case, déchéance civile quand ce n’est pas en prison.
Mais le catholicISME, le protestantISME, le judaÏSME …eux peuvent se prévaloir de ce ISME sans problème. Ici se perpétue la saloperie de la discrimination source en réaction de rage et de haine potentiel.
Dans ce contexte exécrable et le jour anniversaire de cette grande loi, saluons l’intervention de Jean-Luc Mélenchon, lors de son audition récente à l’assemblée nationale, dans laquelle il a réaffirmé magistralement que « la question de la laïcité de l’État est fondatrice » et a balayé comme il se doit l’accusation infâme d’entrisme religieux dont serait victime la France Insoumise. Il a aussi réitéré sa défense des français ou étrangers musulmans qui sont trop souvent victime d’un racisme. Il est le seul homme politique qui par ses scores aux présidentielles depuis 15 ans, peut rassembler largement un front populaire pour faire face à la guerre civile que certains attisent, pour combattre le Pétainisme qui s’étend, le fascisme qui s’avance.
Notes
(1) « La détresse religieuse est, pour une part, l'expression de la détresse réelle et, pour une autre, la protestation contre la détresse réelle. La religion est le soupir de la créature opprimée, la chaleur d'un monde sans cœur, comme elle est l'esprit de conditions sociales d'où l'esprit est exclu. Elle est l'opium du peuple. L'abolition de la religion en tant que bonheur illusoire du peuple est l'exigence que formule son bonheur réel.
Karl Marx, Critique de la philosophie du droit de Hegel, 1843







































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