Chambéry: Quand filmer des arbres morts devient un problème… Lettre ouverte à la Municipalité de Chambéry.

Nous avons reçu le 30 janvier 2023 un courrier d'un citoyen “reporter“ (1) de Chambéry, Bernard Trigon qui s'intéressant à sa ville et étant par ailleurs un photographe amateur, documente depuis plusieurs décennies, les événements et les manifestations dans Chambéry. Il se trouvait sur le quai Ravet au moment de l'abattage des arbres quand la police municipale est intervenue Nous publions sa lettre ouverte à la municipalité de Chambéry (Macron, UDI, PS Mouvement Citoyen) soutenue par EELV et PCF Lettre ouverte à la Municipalité de Chambéry. Le quai est barré au pont des Carmes, par un panneau à l’attention des véhicules. Plusieurs cônes de Lubeck et un film plastique rouge et jaune est tendu en travers de la chaussée. A quelques dizaines de mètres, un travailleur manipule une tronçonneuse. La chaîne de coupe entame un tilleul magnifique, âgé de plus soixante dix ans, comme moi, qui au printemps, dans quelques mois dégageront leur parfum tenace et subtil qui enivrera la ville. Ça je ne sais pas faire. Je ne suis pas le genre à m’asperger de lotion... J’ai photographié la scène d’un peu loin. Insatisfait. Deux piétons, circulant sur le trottoir, traversant la zone de travail, s’approchaient de moi. Avec l’autorisation d’un salarié du chantier, je franchissais le film plastique pour me rendre de l’autre bord. Je sortais mon appareil portable pour immortaliser la zone d’abattage des tilleuls, tout en marchant. Au bout de quelques pas, le salarié me demanda d’arrêter de filmer. Je n’en voyais pas la raison. Ce n’était pas une zone de crime, tout de même ? Comment des arbres examinés en décembre 2020 et classés “à abattre” en raison des risques de chute totale ou de branches lourdes, en cas de vent violent ou de froid, sont restés deux ans sans traitement définitif ? Qui portait la responsabilité de ne rien faire ? N’a-t-on pas vu à l’été 2019, les branches d’un des tilleuls tombées sur un véhicule. Sans davantage de réaction des élus de la ville, concernant les autres arbres dangereux ? En 2021, un tilleul est abattu, en raison de son état dégradé à la base. Et soudain, à la réunion publique du 06 janvier 2023 on parle de risque imminent pour les personnes, parce que des opposants manifestent, interrogent les élus et demandent un avis contradictoire sur les tilleuls malades. Certains parleront de syndrome des platanes du boulevard de la Colonne, quand la municipalité d’alors, voulait abattre certains arbres sains. J’ai continué à filmer les troncs dépossédés de leurs branches. Les amas de bois morts au sol. Une personne ayant autorité sur le chantier, lui aussi, me demanda de cesser de filmer. Je lui répondis que ce n’était pas sérieux. Il me demanda pour qui je filmais. Je lui répondis que je participais à un journal local, pour l’info des citoyens. Il marmonna quelques mots que je ne comprenais pas, avec le bruit de la tronçonneuse. Je poursuivais et arrivais de l’autre côté de la zone de chantier. Un moment plus tard, c’est une voiture de la Police Municipale qui se frayait un chemin entre bois morts et véhicules de chantier, pour s’arrêter devant le film plastique où je me trouvais. Une femme et un homme descendaient du véhicule et l’une des personnes me demandait si j’étais la personne qui dérangeait le chantier. Quel ne fut pas mon étonnement… Moi, ici, derrière le film de protection et papotant avec ma voisine ? Vous filmez aussi, me demanda encore la personne. C’est exact, mais comme vous voyez c’est fini. Où est le mal demandais-je. Filmer une scène de rue est interdite maintenant ? L’homme de chantier arrivait et me désignait comme le gars qui dérangeait les travailleurs. Je lui indiquais que je ne voyais pas de quoi, il voulait parler, sachant que j’étais resté sur le trottoir et n’avais pas dérangé qui que ce soit. Au contraire c’est la personne qui m’accompagnait qui parfois mettait la main devant l’objectif de mon appareil. Il exigea ma carte de presse. Je lui notifiais que je participais à un journal local mais je ne disposais pas de carte professionnelle. Et lui demandais en retour, de me fournir son autorisation de me demander des documents professionnels. Je m’étonnais qu’en présence d’agents de la police municipale, cet individu se croyait au dessus de la loi.

C’est quand même fort de café que cet individu, m’a-t-on dit responsable d’un service municipal, concernant l’environnement, dérange la police municipale, sous de fausse accusation et réclame de d’arrêter de filmer quelques images. Il me semble que ce n’est pas la première fois que des individus, exerçant des responsabilités dans les services communaux, ou travaillant pour la réalisation d’une construction communale, se livrent à de telles interdictions. A l’inauguration du parking Ravet, un individu de la société Q-Park s’était ainsi comporté de même, pour chasser des personnes sur la chaussée publique. Et puis l’interdiction faite à une autre personne de filmer la cérémonie d’inauguration d’un bâtiment communal. De même, dernièrement, à Chambéry le haut, c’est un responsable de Cristal Habitat qui prétendait interdire l’accès d’un immeuble, à une personne désirant voir des habitants et des travaux contestables, qui provoquent la colère des locataires de l’immeuble. Dans un communiqué, le collectif de sauvegarde des arbres du Quai Ravet s’interrogeait s’il ne s’agissait pas non pas d’une “maladie des arbres”, mais plutôt d’une maladie de la démocratie à Chambéry ? Il y a des méthodes de langage qui rappelle furieusement comment on traite l’information des citoyens. A Paris, on veut convaincre du bien fondé de la Réforme des Retraites en la déclarant “nécessaire et utile”, alors que tout montre le contraire. Et ici, à notre petite échelle, on veut convaincre qu’il n’y a pas d’autre alternative que d’abattre des arbres, une “nécessité utile devant l’imminence du danger grave”, sans confronter l’avis des experts. En éloignant les curieux. En interdisant les images. Et si tout cela cachait d’autres erreurs ? Comme le premier tilleul près du parking Ravet, victime de furieux coups d’une pelleteuse qui brisaient les racines et déstabilisaient l’arbre, pour faire passer trop près de l’arbre la conduite du chauffage urbain (information donnée par la Municipalité à la réunion publique de la salle Mérande-Joppet) ? D’autres arbres ont-ils été menacés ou endommagés, pendant ces mêmes travaux ? Pourquoi déclarer l’importance de végétaliser et d’augmenter le nombre d’arbres dans la ville, pour lutter contre le changement climatique (émission de France-Inter ce jour) quand, en bientôt trois ans, des arbres coupés depuis parfois longtemps, n’ont pas encore été remplacés ? Peut-on connaître les priorités pour la ville ? Les lieux de remplacement à venir ? Le type d’essences plantées ? Le coût prévu pour cette végétalisation arboricole en 2022 et 2023 ? Quand l’avis des citoyens sera-t-il sérieusement respecté ? Bernard TRIGON (1) Rappel des droits d'information concernant n'importe quel citoyen 1- Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen de 1789, figurant dans le préambule de la Constitution de 1958. Art. 11. La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi. Art 15 La Société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration. Déclaration universelle des droits de l'Homme de 1948 Article 18. Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites. Article 19. Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit. Convention Européenne des droits de l’homme Art 10 “Toute personne a droit à la liberté d'expression. Ce droit comprend la liberté d'opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu'il puisse y avoir ingérence d'autorités publiques et sans considération de frontière.

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